Le nœud du problème est ici : Waver Velvet est manifestement une blessure vive laissée par la Quatrième Guerre du Saint Graal, et pourtant The Case Files of Lord El-Melloi II refuse précisément de le faire entrer directement sur le principal champ de bataille de la Cinquième. L’œuvre le bloque devant la porte, à la lisière du moment où la date limite des places de la Tour de l’Horloge est déjà passée, où d’importants reliques sacrées liées à la Cinquième Guerre commencent à circuler, et où le conflit est sur le point d’éclater du côté de Fuyuki. Cette position est périlleuse. Si c’est écrit trop légèrement, il n’en reste qu’un « épilogue de la Quatrième » ; si c’est visé juste, alors c’est la faille la plus fatale de la chronologie de Fate : devant, il y a ceux que la Quatrième a laissés derrière elle ; derrière, le cours de la Cinquième est déjà en mouvement ; et The Case Files of Lord El-Melloi II enferme justement dehors celui qu’on ne devrait surtout pas exclure.
Ce n’est pas « après la Quatrième » ; c’est « devant la porte de la Cinquième ».#
Quand beaucoup de gens évoquent The Case Files, leur première réaction reste : « Waver a grandi et résout des affaires à la Tour de l’Horloge. » Ce n’est pas faux, mais c’est en minimiser la portée.
Dans les documents existants, la page des personnages du premier volume a déjà fixé la base : l’identité de Lord El-Melloi II est en elle-même le prolongement des conséquences de la Quatrième Guerre du Saint Graal. Ce n’est pas un nouveau protagoniste qui se détache de Fuyuki pour ouvrir un tout autre front ; il est le résultat direct laissé par la Quatrième. Autrement dit, le héros de The Case Files n’est pas seulement « un Lord », c’est surtout celui qui a survécu à la Quatrième et que la Tour de l’Horloge a ensuite forcé à continuer de vivre.
Plus important encore, l’épilogue du troisième volume, Le Sōsia Iselma (partie basse), donne un ancrage temporel incontestable : la date limite des places attribuées par la Tour de l’Horloge pour la Cinquième Guerre du Saint Graal est déjà passée. Cette information ressemble à une simple indication chronologique, mais son poids est immense. Elle montre que The Case Files ne flotte pas vaguement entre la Quatrième et la Cinquième ; l’œuvre s’est déjà approchée de la Cinquième, au point que même la porte d’entrée officielle pour y participer est fermée.
Le prologue au chapitre 2 du quatrième volume, Rail Zeppelin: Grace note (partie haute), resserre encore l’étau : une certaine relique sacrée d’un Servant, étroitement liée à la Cinquième Guerre du Saint Graal et d’une importance extrême pour Lord El-Melloi II lui-même, a été volée. La Cinquième n’a pas encore commencé frontalement dans cette œuvre, mais sa périphérie est déjà en mouvement : places, reliques sacrées, traque, sondages, tout se met à tourner.
Ainsi, la position exacte de The Case Files n’est pas « une histoire après la Quatrième », mais « l’histoire de quelqu’un laissé par la Quatrième et tenu à la porte par la Cinquième ».
Le point le plus déchirant : ce n’est pas qu’il ne voulait pas y aller, c’est qu’il ne pouvait pas.#
La véritable cruauté de cette œuvre ne réside pas dans le fait que Waver se souvienne encore de la Quatrième, mais dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une simple nostalgie. Il voulait vraiment y retourner.
L’épilogue du premier volume, Le château de la séparation, Adra, le dit déjà clairement : Lord El-Melloi II avait espéré, une fois son contrat avec Reines terminé, participer de nouveau à la Cinquième Guerre du Saint Graal en tant que simple mage, uniquement pour revoir un certain « lui » qui comptait énormément pour lui. Les documents ajoutent en plus un coup de couteau : ce vœu formulé pendant dix ans n’est finalement jamais parvenu jusqu’en Extrême-Orient. Autrement dit, il ne s’en est pas fallu de peu ; cela a complètement échoué.
À partir de là, le centre émotionnel de The Case Files change complètement.
S’il n’avait jamais songé à participer à la Cinquième, alors The Case Files ne serait que la suite de la vie d’un survivant de la Quatrième. S’il voulait y aller mais n’a pas pu, alors The Case Files raconte tout autre chose : la vie d’un homme dont les coordonnées existentielles sont clouées entre une guerre déjà terminée et une autre qu’il n’a pas réussi à rejoindre.
La phrase de l’épilogue du troisième volume, « les places sont déjà closes », n’est donc pas qu’un repère temporel. C’est un verdict. La porte est fermée. Même s’il reste entraîné par la Quatrième, il lui est impossible de retourner à Fuyuki en tant que participant officiel.
Le chapitre 2 du quatrième volume va encore plus loin. Le camp d’Olga-Marie confirme qu’il s’était bien inscrit pour obtenir une place de la Tour de l’Horloge pour la Cinquième Guerre du Saint Graal, puis utilise cet enregistrement et la relique sacrée volée pour déduire ses motivations. D’un coup, aux yeux des autres, il n’est plus seulement « un professeur sans rapport avec la Guerre du Saint Graal », mais quelqu’un qui n’a pas réussi à entrer dans la Cinquième et qui, pourtant, ne l’a jamais réellement quittée.
C’est là que The Case Files fait le plus mal : l’œuvre écrit ce « vouloir y aller sans avoir pu » comme un état durable, et non comme un échec ponctuel.
Pourquoi dire que c’est la faille la plus dangereuse de la chronologie de Fate ?#
Parce que, de l’autre côté, la chaîne d’ouverture du récit principal de la Cinquième est déjà en marche.
L’ordre présenté du prologue au début de la route Fate dans Fate/stay night est très clair : Rin Tōsaka accomplit d’abord l’invocation d’Archer et entre en phase de préparation ; pendant ce temps, Shirō Emiya n’est encore qu’un élève ordinaire ; puis viennent la retenue nocturne à l’école, le témoignage d’un combat de Servants, la tentative de Lancer de le faire taire, Rin qui le sauve avec une gemme, Lancer qui le poursuit jusqu’à la résidence Emiya, l’apparition de Saber, puis l’explication à l’église de Kotomine des règles fondamentales et des contraintes de participation de la Cinquième Guerre du Saint Graal. À ce stade, l’axe principal de la Cinquième n’est déjà plus un horizon lointain : c’est une réalité qui commence à happer les gens.
Dès qu’on compare cette chaîne à The Case Files, le danger apparaît.
D’un côté, dans stay night, la Cinquième Guerre entraîne de force les outsiders dans l’arène. De l’autre, dans The Case Files, Lord El-Melloi II est déjà arrivé trop tard : même la fenêtre d’inscription est fermée, et il ne peut être entraîné qu’à rebours par ces espaces périphériques que sont la Tour de l’Horloge, le train et la circulation des reliques sacrées.
C’est ce qui fait qu’il reste coincé dans la faille la plus dangereuse : l’œuvre est trop proche de la Cinquième, si proche qu’on peut entendre les engrenages avant le début de la guerre ; et en même temps trop éloignée du véritable champ de bataille, au point que le protagoniste lui-même ne peut sentir son approche qu’à travers les places, les archives et les mouvements des reliques.
À cet emplacement, le moindre flou ferait léviter toute l’œuvre. Si The Case Files tient debout, ce n’est pas en forçant son entrée dans le récit principal de Fuyuki, mais en s’appuyant sur plusieurs frontières particulièrement solides : la clôture des places, qui constitue une barrière institutionnelle ; le vol de la relique sacrée, qui agit comme une traction concrète dans le réel. Ces deux frontières enserrent ensemble Lord El-Melloi II, et c’est ainsi que toute la série acquiert une tension rare : le protagoniste est extrêmement proche de l’événement central, tout en en étant explicitement exclu.
C’est plus fort que s’il « participait à la Cinquième ». Car une fois le regret écrit comme une porte déjà fermée, il ne relève plus seulement de l’émotion, mais d’un échec confirmé.
La Tour de l’Horloge n’est pas un simple décor : c’est la réalité qui le maintient prisonnier.#
The Case Files comporte aussi un aspect très facilement sous-estimé : l’œuvre ne « transporte » pas Waver de Fuyuki à la Tour de l’Horloge ; elle fixe dans son quotidien les conséquences que la Quatrième lui a laissées.
La page des personnages du premier volume et les documents liés expliquent que la position de Lord El-Melloi II provient du vide laissé après l’effondrement de la faction El-Melloi à la suite de la Quatrième ; et Reines n’est pas non plus un simple faire-valoir, elle manœuvre activement autour du nom des El-Melloi et du siège de Lord. Autrement dit, Waver n’est pas devenu « professeur » naturellement ; on l’y a poussé.
Sans cette dimension, The Case Files deviendrait juste l’histoire d’un homme qui ne cesse de regretter le passé. Avec elle, l’œuvre raconte autre chose : un homme transformé par la Quatrième, qui n’a même pas eu le temps de panser ses blessures avant d’être déjà cloué dans le réel par un nom de famille, des devoirs, des élèves et des affaires.
Ainsi, s’il ne peut pas aller à la Cinquième, ce n’est pas seulement parce qu’il a « raté une occasion », mais aussi parce qu’il n’est déjà plus le garçon de la Quatrième qui pouvait foncer à la suite du Roi des Conquérants. À présent, il est un Lord, un chargé de cours, un homme ligoté à sa position. Que la scène se déplace vers la Tour de l’Horloge ne signifie pas que Fuyuki a cessé d’être important ; au contraire, c’est précisément parce que Fuyuki est trop important qu’il paraît d’autant plus prisonnier.
C’est aussi là que réside la force de l’arc du train dans le quatrième volume. Le vol de la relique sacrée n’est pas un simple accessoire d’enquête : il concentre au même point de départ le traumatisme laissé par la Quatrième, la pression de l’approche de la Cinquième, ainsi que le jugement que la Tour de l’Horloge porte sur lui en interne. Le fait qu’Olga-Marie et les autres puissent déduire ses motivations à partir de l’enregistrement d’inscription et de la relique sacrée prouve justement ceci : dans le monde des mages, il n’est déjà plus « quelqu’un qui se contente de regretter le passé », mais une personne dont même l’obsession devient matière à analyse et à mise à l’épreuve.
Voilà ce qu’est Waver à l’âge adulte. Ce n’est pas qu’il n’a plus mal, c’est qu’il doit continuer à vivre même avec cette douleur.
La valeur de The Case Files, c’est précisément de ne pas raccorder directement la Quatrième et la Cinquième.#
Ce qu’il y a de plus intelligent dans cette œuvre, c’est qu’elle refuse de faire du vide entre les deux Guerres du Saint Graal un simple couloir pratique.
Beaucoup de récits intermédiaires ne peuvent s’empêcher de paver la route du récit principal, et considèrent leur tâche accomplie dès lors qu’ils ont conduit les personnages jusqu’au prochain champ de bataille. Mais The Case Files ne fait pas cela. L’œuvre laisse Lord El-Melloi II devant la porte, lui fait savoir que la Cinquième approche, établit qu’il s’est bien inscrit, qu’il voulait réellement revoir cette personne, qu’il a bien été de nouveau entraîné par la relique sacrée et les remous périphériques, puis vous dit clairement : il n’est pas entré.
Et cet arrêt suffit à redresser d’un coup toute la chronologie de Fate.
La Quatrième n’est plus seulement la préhistoire de la Cinquième, parce qu’elle a réellement laissé derrière elle un vivant qui, pendant les dix années suivantes, continue d’en assumer les conséquences. La Cinquième non plus n’est plus seulement l’histoire des protagonistes de stay night, parce qu’en dehors de Fuyuki, quelqu’un est déjà forcé de bouger sous l’effet de ses places, de ses reliques sacrées et des remous de sa préparation. Et The Case Files lui-même cesse alors d’être un simple supplément explicatif pour devenir un étroit passage creusé par la pression des deux côtés.
Voilà pourquoi l’œuvre reste coincée dans « la faille la plus dangereuse » : trop proche du cœur, elle risque d’être avalée par le récit principal ; pas assez proche du cœur, elle perdrait son poids au moindre relâchement. Pourtant, elle finit précisément par tenir debout grâce à cette chaîne de preuves : « l’identité issue des conséquences de la Quatrième + la clôture des places pour la Cinquième + la circulation d’une relique sacrée cruciale + le désir inabouti d’y participer ».
Pour le dire plus durement encore, ce que The Case Files écrit vraiment, ce n’est pas seulement comment Lord El-Melloi II résout des affaires, mais comment un survivant de la Quatrième se voit clairement signifier par le monde, avant même le début de la Cinquième : il est déjà trop tard pour lui.
Et il doit quand même continuer d’avancer.
